L’économie du carbone de A à Z
L’économie pour lutter contre le changement climatique
Le changement climatique aura un impact majeur sur l’économie mondiale. Il comporte cependant de nombreuses incertitudes, ce
qui pose problème pour planifier et coordonner l’action, d’où l’importance du choix des instruments de mitigation(réduire les émissions
de GES pour limiter le changement climatique) et d’adaptation (se préparer aux impacts inévitables du changement climatique)
Les enjeux économiques de la protection du climat
L’inaction face au changement climatique aura un coût incertain mais forcément élevé. Elle induira une perte annuelle d’au moins 5 % du PIB
mondial selon les scénarios officiels. Elle pourrait même atteindre 20 % lorsqu’on considère de nouveaux risques (diminution de l’absorption
de carbone par la biosphère, libération de méthane à fort pouvoir réchauffant avec la fonte du permafrost) [Stern,
2007, Partie I].
On estime que la stabilisation des concentrations atmosphériques de CO2 entre 450 et 550 ppm (parties par million) d’ici 2050 devrait permettre de limiter les impacts
négatifs du changement climatique. Ces efforts représentent une réduction des émissions de 25 % par rapport aux niveaux actuels. Mais une réduction
de 80 % sera nécessaire à long terme [Groupement Intergouvernemental des Experts du Climat].
Source : d’après GIEC, 4ème rapport du 3e groupe de travail, 2007
Si l’on agit sans attendre le coût de la protection du climat pourrait ne pas dépasser 1% du PIB mondial, ce qui induira un bénéfice net important
par comparaison avec le coût de l’inaction [Stern].
En termes économiques, les émissions de GES sont une externalité négative : elles sont un sous-produit préjudiciable au reste de la société de
certaines activités économiques. Tant qu’aucune mesure politique n’est prise pour réguler ces émissions, elles ne peuvent entrer dans les anticipations
des acteurs économiques. Le fait de leur donner un prix permet d’« internaliser » leur coût dans les comportements des acteurs et de surmonter
la « défaillance de marché » (l’absence de cadre économique rendant compte des GES) dont procèdent les émissions incontrôlées.
Les caractéristiques de l’effet de serre ont les conséquences suivantes en termes de qualité du climat :
- si un acteur réduit ses émissions de GES, tous les autres en bénéficieront (« non rivalité » : la consommation de ce
bien par un acteur ne réduit pas sa disponibilité pour un autre acteur) ; au contraire, si un acteur accroît ses émissions de GES, tous les autres
en subiront les conséquences (« non excluabilité » : personne ne peut se soustraire aux conditions climatiques –bonnes ou mauvaises).
La protection du climat est par conséquent un « bien public pur » [Samuelson, 1954], qi ne peut être produit que dans un cadre coopératif et
global, impliquant l’ensemble de l’humanité. Des actions unilatérales n’auraient qu’un impact très limité.
Les instruments économiques de protection du climat ont donc un double objectif :
- permettre aux acteurs économiques d’internaliser le coût des émissions de GES pour créer une incitation à réduire celles-ci
- être suffisamment efficaces (c.à.d. maximiser les réductions d’émissions en minimisant le coût de l’action) pour convaincre tous les
acteurs de s’engager dans la protection du climat en réduisant leurs émissions
L’atténuation ou mitigation du changement climatique : taxe ou marché?
On peut inciter les acteurs à réduire leur émissions en taxant celles-ci, on parle alors de « régulation par les prix », une idée
avancée par l’économiste Arthur Pigou dès le début du XXe siècle.
La Commission Européenne avait proposé une une telle taxe en 1991lorsqu’elle proposa que les combustibles fossiles soient taxés à hauteur de 10$
par équivalent baril (de pétrole).
Ce type de taxe, aussi appelé « taxe pigouvienne », est efficace à condition d’être établi à un niveau équivalent
au coût marginal rencontré par un acteur lorsqu’il réduit ses émissions. Toutefois, dans la mesure où il est très difficile pour les
régulateurs d’obtenir des informations fiables sur les coûts d’abattement (réduction d’émissions) marginaux des acteurs, il est rarement
possible d’établir un taux économiquement efficient pour les taxes pigouviennes.
En 1968, l’économiste canadien Dales propose de réguler la pollution « par les quantités » en imposant aux acteurs des quotas d’émissions
correspondant à un nombre limité de permis qu’ils sont ensuite autorisés à échanger sur un marché.

Source : Ministère français de l’environnement, 2004
Non seulement ce système de marché garantit l’intégrité environnementale du système en établissant un plafond d’émissions,
mais il offre en plus de la flexibilité aux acteurs pour choisir comment parvenir à leurs objectifs de réduction d’émissions.
Ils peuvent choisir de réduire leurs propres émissions ou d’acheter des permis à d’autres acteurs en fonction de l’option qui apparaîtra
la plus rentable.
Le premier marché de permis d’émission est instauré aux Etats-Unis en 1995 pour lutter contre les pluies acides liées aux émissions de dioxyde
de soufre des centrales électriques. Ce programme « Acid Rain » est obligatoire et sa mise en œuvre
est entièrement centralisée au niveau de l’Agence américaine de Protection de l’Environnement (Environmental Protection
Agency).
En théorie, en régime de concurrence parfaite marché et taxe sont équivalents pour réguler une externalité négative.
Weitzman a démontré en 1974 que la taxe est préférable lorsque les dommages varient peu en fonction des quantités abattues avec des coûts
d’abattement élevés [Weitzman, 1974]. C’est le cas avec le climat puisque l’impact des GES est plus lié au stock accumulé dans l’atmosphère
qu’aux flux d’émissions.
Toutefois, l’importance du coût des dommages de long terme, combinée avec la disponibilité croissante de nouvelles technologies [Stern, 2007], et surtout les
problèmes d’acceptabilité de la taxe par rapport aux marchés de permis (difficulté d’établir une taxe optimale présentée
plus haut) ont conduit en pratique à préférer les mécanismes de marché.
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